vendredi 13 septembre 2013

Textes lus lors de notre 19ème veillée - 13 septembre 2013

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Gaultier Bès, « Vous avez mis les peuples au collège »
Pierre de Ronsard, Discours sur les misères de ce temps – À la Reine
François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme
Robert Lamoureux, Éloge de la fatigue

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« Vous avez mis les peuples au collège »

Article paru dans L'Alouette, La petite gazette des jeunes libres-plumes de France, le 6 septembre 2013

« Vous avez mis les peuples au collège. Eh bien, on s’embête ferme dans vos collèges ! On prend des vacances de temps en temps. Les révolutions sont nos vacances. » Bernanos, Nous autres Français, 1939

            Vous avez mis les peuples au collège et voici qu’ils font le mur. Vous aurez beau le replâtrer, ce mur, vous n’en saurez cacher longtemps la pourriture. Car il s’écroule déjà sous son propre poids, fondé qu’il est sur un sable fuyant. Vous avez mis les peuples au collège et voici que leur chahut s’organise. Mais pas comme d’habitude, barricade et guillotine. Ils commencent à comprendre que vous sauriez recycler jusqu’à leur rébellion, détourner contre eux-mêmes leur mépris et leur haine. Que vous sauriez fort bien leur vendre la corde pour qu’ils se pendent entre eux. Alors, ils font autrement, ils inventent, ils innovent, ils subvertissent votre subversion. La soupe que vous leur servez, ils ne la digèrent plus. Ils la trouvent indigeste. Ils ne vous la renversent pas sur la tête, ils ne mettent pas les pieds dans le plat. Ils vous disent simplement non merci. Vous repartirez bientôt avec vos marmites pleines.

            Vous avez mis les peuples au collège et vous leur avez dit : « Indignez-vous ». Ils vous ont pris au mot, mais sans hypocrisie. Ils ont senti la magouille. Ils n’ont pas bien repassé vos leçons. Ils ont renoncé à l’indignation sélective. Ils ont compris que s’indigner de concert avec vous, ce serait bachoter vos mensonges. Ils ont mesuré combien vos mots étaient pipés et vos schémas grossiers. Ils ne séparent plus artificiellement culture et politique, écologie et dignité humaine, famille et biotope, mainmise financière sur le travail et mainmise technique sur le vivant, dérégulation économique et déconstruction sociétale, PMA et OGM. Ils ne confondent plus décence commune et ordre moral, responsabilité civique et intérêt partisan, service public et idéologie étatique.

            Vous prétendiez faire de la jeunesse votre priorité, mais à peine quitte-t-elle la cour fermée de ses écrans que vos surveillants sonnent l’alarme et que vous débarquez avec vos maîtres-fouines. Témoin le 31 août dernier. Les Veilleurs – dont j’étais – achevaient tranquillement leur première marche estivale par une dernière étape à Paris, après avoir parcouru près de 400 km de Rochefort à Nantes. Depuis un mois, l’itinéraire était annoncé, simple et droit comme l’honneur : de la Défense à la Concorde. Alors qu’une trentaine de Veilleurs marchaient quelque part entre Saint-Nazaire et Couëron, l’intimidation commençait au téléphone, absurde et maladroite. Beaucoup de bruit pour rien : des appels tardifs, des communiqués ambigus, des arrêtés grandiloquents, des centaines de policiers inutilement mobilisés – et pour beaucoup dégoûtés du triste jeu auquel on les fait jouer. Les photos du 31 parlent d’elles-mêmes : oui, c’était bien pour nous que ces dizaines de fourgons remplissaient le bas des Champs et la Concorde, pour nous qui venions paisiblement veiller sur la Mémoire & l’espérance.

            Tout cela ne serait que ridicule si ce n’était pas révélateur d’un malaise démocratique profond. Ce malaise auquel les Veilleurs veulent remédier, c’est d’abord celui de la déresponsabilisation. Le « pouvoir immense et tutélaire » que décrivait prophétiquement Tocqueville semble bien en place. « Absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux », il cherche à nous « fixer irrévocablement dans l’enfance », « dérob[ant] peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même ». Les « tuteurs » ont remplacé les « tyrans » pour mater cette « foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes ». « C’est ainsi que tous les jours [le despote nouveau] rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre » : « Il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 4, 6, 1835). Voici pourquoi le cirque médiatique désinforme et divertit. Et voici pourquoi le cirque électoral donne l’illusion du libre choix, donnant à voir au Quichotte ahuri les moulins à vent se battre entre eux. Et pourquoi le cirque mercantile fait de chaque appétit un idéal, le cirque technique de chaque fantasme un rêve à monnayer. Reste le caprice universel – qu’on appelle reconnaissance sociale - dont l’État dose savamment la satisfaction pour ses chers petits. Las, pour le citoyen saturé, chacun de ces tristes cirques devient vite cercle vicieux et clôture infernale. Sombre école que ce chapiteau-là !

            Tant que le citoyen s’étourdit des paillettes et des gadgets qu’on lui jette abondamment, tant qu’il tourne en rond ravi de la fête, et s’arrête docile quand retentit la sonnerie, vous ne risquez rien. Mais prenez garde, les engrenages de votre mécanique commencent à rouiller. Les pannes s’accumulent. Et si vous poussez trop la machine pour rattraper le retard, gare à ce qu’elle ne s’emballe ! Déjà, beaucoup ont quitté le manège, écœurés. Mieux vaut ralentir un peu. Les Veilleurs, le 31 août et depuis leur naissance en avril, ne se sont laissé ni rouler ni enclore. Ils n’ont sauté dans aucun des cerceaux qu’on leur a tendus. C’est ainsi qu’ils ont trouvé un bon antidote à l’infantilisation programmée des consciences : ils ne demandent plus l’avis de personne pour exister. Pas besoin de leur permettre d’être, ils sont sans vous. Car on ne saurait interdire ce qui n’a pas besoin d’être autorisé. Les Veilleurs ont compris qu’ils n’étaient soumis aux pions qu’autant qu’ils acceptaient de l’être et qu’ils seraient complices de l’appauvrissement de la parole publique tant qu’ils consentiraient à ne parler qu’au parloir officiel. Ainsi, pour échapper au piège de l’esbroufe médiatique, ont-ils trouvé un remède radical : ils ont décidé de ne pas faire de bruit. La chute des murailles idéologiques entre lesquelles vous tentez de les parquer en fera sans doute bien assez.

            Dès lors, il ne s’est rien passé d’autre, ce samedi 31 août, que le simple ébranlement de quelques citoyens debout face à l’enflure d’un pouvoir qui se prétend maître et possesseur d’une nature qu’il exècre. Parce que lorsque le citoyen est déresponsabilisé, la République est confisquée. Les Veilleurs ont dit ce qu’ils feraient et fait ce qu’ils avaient dit. Ils n’ont rien troublé d’autre que l’ordre empesé de la préfecture, ils n’ont pas prêté attention aux aboiements des chiens de garde de la servitude volontaire.

            Face à la panique, comme face à la paresse, les Veilleurs prennent la parole, humblement. Rien de ce qui est humain ne leur est étranger, voilà peut-être leur seul vrai programme. Ils ne marchent plus dans vos combines, ni sous la discipline oblique de votre bien-pensance. Vous avez cru maintenir cette jeunesse au collège, et la voilà qui doucement vous pousse au mouroir.

                                                                                                                                 Gaultier Bès

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 PIERRE de RONSARD

Discours sur les misères de ce temps – À la Reine (1562)


Las ! Madame en ce temps que le cruel orage
Menace les Français d’un si piteux naufrage,
Que la grêle et la pluie, et la fureur des cieux
Ont irrité la mer des vents séditieux,
Et que l’astre jumeau ne daigne plus reluire.
Prenez le gouvernail de ce pauvre navire,
Et malgré la tempête, et le cruel effort
De la mer, et des vents, conduisez-le à bon port.
La France à jointes mains vous en prie et reprie
Las ! qui sera bientôt et proie et moquerie
Des princes étrangers, s’il ne vous plaît en bref
Par votre autorité apaiser ce méchef.

Ha ! que diront là-bas sous les tombes poudreuses
De tant de vaillants Rois les âmes généreuses !
Que dira Pharamond ! Clodion, et Clovis !
Nos Pépins ! nos Martels ! nos Charles, nos Loïs !
Qui de leur propre sang à tous périls de guerre,
Ont acquis à leurs fils une si belle terre ?
Que diront tant de ducs, et tant d’hommes guerriers
Qui sont morts d’une plaie au combat les premiers,
Et pour France ont souffert tant de labeurs extrêmes
La voyant aujourd’hui détruite par soi-même ?
Ils se repentiront d’avoir tant travaillé,
Assailli, défendu, guerroyé, bataillé,
Pour un peuple mutin divisé de courage
Qui perd en se jouant un si bel héritage…

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François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme (1802)

Ce que nous avons dit jusqu’ici a pu conduire le lecteur à cette réflexion, que l’incrédulité est la principale cause de la décadence du goût et du génie. Quand on ne crut plus rien à Athènes et à Rome, les talents disparurent avec les dieux, et les muses livrèrent à la barbarie ceux qui n’avaient plus de foi en elles.

Dans un siècle de lumières, on ne saurait croire jusqu’à quel point les bonnes mœurs sont dépendantes du bon goût et le bon goût des bonnes mœurs. Les ouvrages de Racine, devenant toujours plus purs à mesure que l’auteur devient plus religieux, se terminent enfin à Athalie. Remarquez au contraire, comment l’impiété et le génie de Voltaire se décèlent à la fois dans ses écrits par un mélange de choses exquises et de choses odieuses. Le mauvais goût, quand il est incorrigible, est une fausseté de jugement, un biais naturel dans les idées ; or, comme l’esprit agit sur le cœur, il est difficile que les voies du second soient droites quand celles du premier ne le sont pas. Celui qui aime la laideur, dans un temps où mille chefs-d’œuvre peuvent avertir et redresser son goût, n’est pas loin d’aimer le vice ; quiconque est insensible à la beauté pourrait bien méconnaître la vertu.

Un écrivain qui refuse de croire en un Dieu auteur de l’univers et juge des hommes dont il a fait l’âme immortelle bannit d’abord l’infini de ses ouvrages. Il renferme sa pensée dans un cercle de boue, dont il ne peut plus sortir. Il ne voit rien de noble dans la nature, tout s’y opère par d’impurs moyens de corruption et de régénération. L’abîme n’est qu’un peu d’eau bitumineuse ; les montagnes sont des protubérances de pierres calcaires ou vitrescibles, et le ciel, où le jour prépare une immense solitude, comme pour servir de camp à l’armée des astres que la nuit y amène en silence, le ciel, disons-nous, n’est plus qu’une étroite voûte momentanément suspendue par la main capricieuse du hasard.

Si l’incrédule se trouve ainsi borné dans les choses de la nature, comment peindra-t-il l’homme avec éloquence ? Les mots pour lui manquent de richesse et les trésors de l’expression lui sont fermés. Contemplez, au fond de ce tombeau, ce cadavre enseveli, cette statue du néant, voilée d’un linceul : c’est l’homme de l’athée ! Fœtus né du corps impur de la femme, au-dessous des animaux pour l’instinct, poudre comme eux et retournant comme eux en poudre, n’ayant point de passion, mais des appétits, n’obéissant point à des lois morales, mais à des ressorts physiques, voyant devant lui, pour toute fin, le sépulcre et des vers : tel est cet être qui se disait animé d’un souffle immortel ! Ne nous parlez plus de mystères de l’âme, du charme secret de la vertu ; grâces de l’enfance, amours de la jeunesse, noble amitié, élévation de pensées, charme des tombeaux et de la patrie, vos enchantements sont détruits !

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Robert Lamoureux, Éloge de la fatigue (1er sept. 2011)

Vous me dites, Monsieur, que j’ai mauvaise mine,
Qu’avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l’on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui, je suis fatigué, Monsieur, et je m’en flatte.
J’ai tout de fatigué : la voix, le cœur, la rate,
Je m’endors épuisé, je me réveille las,
Mais, grâce à Dieu, Monsieur, je ne m’en soucie pas.
Ou, quand je m’en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n’est que vantardise.
On n’est jamais aussi fatigué qu’on le croit !
Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ?

Je ne vous parle pas des sombres lassitudes
Qu’on a lorsque le corps, harassé d’habitude,
N’a plus pour se mouvoir que de pâles raisons…
Lorsqu’on a fait de soi son unique horizon…
Lorsqu’on a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre…
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, lœil morne, le dos rond.
Et vous donne laspect dun vivant moribond

Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on sest fait responsable,
Savoir quon a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir quon est loutil quon est le lendemain,
Savoir quon est le chef, savoir quon est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à sen user le cœur
Cette fatigue-là, Monsieur, cest du bonheur.

Et sûr quà chaque pas, à chaque assaut quon livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr quon est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit dêtre trop fatigué ?
Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquant chaque victoire en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d’autres creux, il passe inaperçu.

La fatigue, Monsieur, c’est un prix toujours juste,
C’est le prix d’une journée d’efforts et de luttes.
C’est le prix d’un labeur, d’un mur ou d’un exploit,
Non pas le prix qu’on paie, mais celui qu’on reçoit.
C’est le prix d’un travail, d’une journée remplie,
C’est la preuve, Monsieur, qu’on marche avec la vie.


Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J’écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé et mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense.

Et vous me conseillez d’aller me reposer !
Mais si j’acceptais là, ce que vous me proposez,
Si j’abandonnais à votre douce intrigue…
Mais je mourrais, Monsieur, tristement… de fatigue.


vendredi 6 septembre 2013

Textes lus lors de notre 18ème veillée - 6 septembre 2013

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Éloge funèbre du Commandant Hélie Denoix de Saint Marc (extraits)
« Mon expérience des veilleurs » par Emmanuel, veilleur
Michel Menu, « Marcher devant »

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Éloge funèbre

du

Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc,

prononcé par le général d’armée (2S) Bruno DARY,

Président de

l’Association des anciens légionnaires parachutistes (AALP)

le vendredi 30 août 2013 à Lyon.
(texte intégral)

Mon commandant, mon ancien,

Ils sont là, ils sont tous présents, qu’ils soient vivants ou disparus, oubliés de l’histoire ou célèbres, croyants, agnostiques ou incroyants, souffrant ou en pleine santé, jeunes soldats ou anciens combattants, civils ou militaires, ils sont tous présents, si ce n’est pas avec leur corps, c’est par leur cœur ou par leur âme ! Tous ceux qui, un jour, ont croisé votre chemin, ou ont fait avec vous une partie de votre route ou plutôt de votre incroyable destinée, sont regroupés autour de vous : les lycéens de Bordeaux, les résistants du réseau Jade-Amicol, les déportés du camp de Langenstein, vos frères d’armes, vos légionnaires que vous avez menés au combat, ceux qui sont morts dans l’anonymat de la jungle ou l’indifférence du pays, les enfants de Talung que vous avez dû laisser derrière vous, les harkis abandonnés puis livrés aux mains du FLN ! Je n’oublie pas vos parents et votre famille, qui ont partagé vos joies et vos épreuves ; il faut ajouter à cette longue liste, les jeunes générations, qui n’ont connu ni la Guerre de 40, ni l’Indochine, pas plus que l’Algérie, mais qui ont dévoré vos livres, qui vous ont écouté et que vous avez marqués profondément ! Cette liste ne serait pas complète, si n’était pas évoquée la longue cohorte des prisonniers, des déchus, des petits et des sans-grades, les inconnus de l’histoire et des médias, ceux que vous avez croisés, écoutés, respectés, défendus, compris et aimés et dont vous avez été l’avocat. Eux tous s’adressent à vous aujourd’hui, à travers ces quelques mots et, comme nous en étions convenus la dernière fois que nous nous sommes vus et embrassés chez vous, je ne servirai que d’interprète, à la fois fidèle, concis et surtout sobre.
Aujourd’hui, Hélie, notre compagnon fidèle, c’est vous qui nous quittez, emportant avec vous vos souvenirs et surtout vos interrogations et vos mystères ; vous laissez chacun de nous, à la fois heureux et fier de vous avoir rencontré, mais triste et orphelin de devoir vous quitter. Vous laissez surtout chacun de nous, seul face à sa conscience et face aux interrogations lancinantes et fondamentales qui ont hanté votre vie, comme elles hantent la vie de tout honnête homme, qui se veut à la fois homme d’action et de réflexion, et qui cherche inlassablement à donner un sens à son geste !
Parmi tous ces mystères, l’un d’eux ne vous a jamais quitté. Il a même scandé votre vie ! C’est celui de la vie et de la mort. Car qui d’autres mieux que vous, aurait pu dire, écrire, prédire ou reprendre à son compte ce poème d’Alan Seeger, cet Américain, à la fois légionnaire et poète, disparu à 20 ans dans la tourmente de 1916 : « j’ai rendez-vous avec la mort » ?
C’est à 10 ans que vous avez votre premier rendez-vous avec la mort, quand gravement malade, votre maman veille sur vous, nuit et jour ; de cette épreuve, vous vous souviendrez d’elle, tricotant au pied de votre lit et vous disant : « Tu vois Hélie, la vie est ainsi faite comme un tricot : il faut toujours avoir le courage de mettre un pied devant l’autre, de toujours recommencer, de ne jamais s’arrêter, de ne jamais rien lâcher ! » Cette leçon d’humanité vous servira et vous sauvera quelques années plus tard en camp de concentration. Votre père, cet homme juste, droit et indépendant, qui mettait un point d’honneur durant la guerre, à saluer poliment les passants, marqués de l’étoile jaune, participera aussi à votre éducation ; il vous dira notamment de ne jamais accrocher votre idéal, votre ‘‘étoile personnelle’’ à un homme, aussi grand fût-il ! De l’époque de votre jeunesse, vous garderez des principes stricts et respectables, que les aléas de la vie ne vont pourtant pas ménager ; c’est bien là votre premier mystère d’une éducation rigoureuse, fondée sur des règles claires, simples et intangibles, que la vie va vous apprendre à relativiser, dès lors qu’elles sont confrontées à la réalité !
Puis, à 20 ans, vous aurez votre deuxième rendez-vous avec la mort ! Mais cette fois-ci, vêtu d’un méchant pyjama rayé, dans le camp de Langenstein. Deux ans de déportation mineront votre santé et votre survie se jouera à quelques jours près, grâce à la libération du camp par les Américains. Mais votre survie se jouera aussi par l’aide fraternelle d’un infirmier français qui volait des médicaments pour vous sauver d’une pneumonie, puis celle d’un mineur letton, qui vous avait pris en affection et qui chapardait de la nourriture pour survivre et vous aider à supporter des conditions de vie et de travail inhumaines. En revanche, vous refuserez toujours de participer à toute forme d’emploi administratif dans la vie ou l’encadrement du camp d’internement, ce qui vous aurait mis à l’abri du dénuement dans lequel vous avez vécu. Vous y connaîtrez aussi la fraternité avec ses différentes facettes : d’un côté, celle du compagnon qui partage un quignon de pain en dépit de l’extrême pénurie, du camarade qui se charge d’une partie de votre travail malgré la fatigue, mais de l’autre, les rivalités entre les petites fraternités qui se créaient, les cercles, les réseaux d’influence, les mouvements politiques ou les nationalités…. Mystère, ou plutôt misère, de l’homme confronté à un palier de souffrances tel qu’il ne s’appartient plus ou qu’il perd ses références intellectuelles, humaines et morales !
Vous avez encore eu rendez-vous avec la mort à 30 ans, cette fois, à l’autre bout du monde, en Indochine. Vous étiez de ces lieutenants et de ces capitaines, pour lesquels de Lattre s’était engagé jusqu’à l’extrême limite de ses forces, comme sentinelles avancées du monde libre face à l’avancée de la menace communiste. D’abord à Talung, petit village à la frontière de Chine, dont vous avez gardé pieusement une photo aérienne dans votre bureau de Lyon. Si les combats que vous y avez mené n’eurent pas de dimension stratégique, ils vous marquèrent profondément et définitivement par leur fin tragique : contraint d’abandonner la Haute région, vous avez dû le faire à Talung, sans préavis, ni ménagement ; ainsi, vous et vos légionnaires, quittèrent les villageois, en fermant les yeux de douleur et de honte ! Cette interrogation, de l’ordre que l’on exécute en désaccord avec sa conscience, vous hantera longtemps, pour ne pas dire toujours ! Plus tard, à la tête de votre Compagnie du 2ème Bataillon étranger de parachutistes, vous avez conduit de durs et longs combats sous les ordres d’un chef d’exception, le chef d’escadron RAFFALLI : Nhia Lo, la Rivière Noire, Hoa Binh, Nassan, la Plaine des Jarres. Au cours de ces combats, à l’instar de vos compagnons d’armes ou de vos aînés, vous vous sentiez invulnérables ; peut-être même, vous sentiez-vous tout permis, parce que la mort était votre plus proche compagne : une balle qui vous effleure à quelques centimètres du coeur, votre chef qui refuse de se baisser devant l’ennemi et qui finit pas être mortellement touché ; Amilakvari et Brunet de Sairigné vous avaient montré le chemin, Segrétain, Hamacek, Raffalli et plus tard Jeanpierre, Violès, Bourgin, autant de camarades qui vous ont quitté en chemin. Parmi cette litanie, on ne peut oublier, votre fidèle adjudant d’unité, l’adjudant Bonnin, qui vous a marqué à tel point, que, plus tard, vous veillerez à évoquer sa personnalité et sa mémoire durant toutes vos conférences ! Et avec lui, se joignent tous vos légionnaires, qui ont servi honnêtes et fidèles, qui sont morts, dans l’anonymat mais face à l’ennemi, et pour lesquels vous n’avez eu le temps de dire qu’une humble prière. Tel est le mystère de la mort au combat, qui au même moment frappe un compagnon à vos côtés et vous épargne, pour quelques centimètres ou une fraction de seconde !
Dix ans plus tard, vous aurez encore rendez-vous avec la mort ! Mais cette fois-ci, ce ne sera pas d’une balle perdue sur un champ de bataille, mais de 12 balles dans la peau, dans un mauvais fossé du Fort d’Ivry. En effet, vous veniez d’accomplir un acte grave, en vous rebellant contre l’ordre établi et en y entraînant derrière vous une unité d’élite de légionnaires, ces hommes venus servir la France avec honneur et fidélité. Or retourner son arme contre les autorités de son propre pays reste un acte très grave pour un soldat ; en revanche, le jugement qui sera rendu - 10 ans de réclusion pour vous et le sursis pour vos capitaines - montre qu’en dépit de toutes les pressions politiques de l’époque, en dépit des tribunaux d’exception et en dépit de la rapidité du jugement, les circonstances atténuantes vous ont été reconnues. Elles vous seront aussi été reconnues 5 ans après, quand vous serez libéré de prison, comme elles vous seront encore reconnues quelques années plus tard quand vous serez réhabilité dans vos droits ; elles vous seront surtout reconnues par la nation et par les médias à travers le succès éblouissant de vos livres, celui de vos nombreuses conférences et par votre témoignage d’homme d’honneur. Ces circonstances atténuantes se transformeront finalement en circonstances exceptionnelles, lorsque, 50 ans plus tard, en novembre 2011, le Président de la République en personne vous élèvera à la plus haute distinction de l’Ordre de la Légion d’Honneur ; au cours de cette cérémonie émouvante, qui eut lieu dans le Panthéon des soldats, nul ne saura si l’accolade du chef des armées représentait le pardon du pays à l’un de ses grands soldats ou bien la demande de pardon de la République pour avoir tant exigé de ses soldats à l’époque de l’Algérie. Le pardon, par sa puissance, par son exemple et surtout par son mystère, fera le reste de la cérémonie !….Aujourd’hui, vous nous laissez l’exemple d’un soldat qui eut le courage, à la fois fou et réfléchi, de tout sacrifier dans un acte de désespoir pour sauver son honneur ! Mais vous nous quittez en sachant que beaucoup d’officiers ont aussi préservé leur honneur en faisant le choix de la discipline. Le mot de la fin, si une fin il y a, car la tragédie algérienne a fait couler autant d’encre que de sang, revient à l’un de vos contemporains, le général de Pouilly, qui, au cours de l’un des nombreux procès qui suivirent, déclara, de façon magistrale et courageuse, devant le tribunal : « Choisissant la discipline, j’ai également choisi de partager avec la Nation française la honte d’un abandon… Et pour ceux qui, n’ayant pas pu supporter cette honte, se sont révoltés contre elle, l’Histoire dira sans doute que leur crime est moins grand que le nôtre » !
Et puis, quelque 20 ans plus tard, alors que, depuis votre sortie de prison, vous aviez choisi de garder le silence, comme seul linceul qui convienne après tant de drames vécus, alors que vous aviez reconstruit votre vie, ici même à Lyon, vous êtes agressé un soir dans la rue par deux individus masqués, dont l’un vous crie, une fois que vous êtes à terre : « Tais-toi ! On ne veut plus que tu parles ! » Cette agression survenait après l’une de vos rares interventions de l’époque ; elle agira comme un électrochoc et vous décidera alors à témoigner de ce que vous avez vu et vécu à la pointe de tous les drames qui ont agité la France au cours du XXème siècle. Ainsi, au moment où vous comptiez prendre votre retraite, vous allez alors commencer une 3ème carrière d’écrivain et de conférencier. Alors que le silence que vous aviez choisi de respecter, vous laissait en fait pour mort dans la société française, ce nouvel engagement va vous redonner une raison de vivre et de combattre ! Toujours ce mystère de la vie et de la mort ! Au-delà des faits et des drames que vous évoquerez avec autant d’humilité que de pudeur, vous expliquerez les grandeurs et les servitudes du métier des armes et plus largement de celles de tout homme. A l’égard de ceux qui ont vécu les mêmes guerres, vous apporterez un témoignage simple, vrai, poignant et dépassionné pour expliquer les drames vécus par les soldats, qui, dans leur prérogative exorbitante de gardien des armes de la cité et de la force du pays, sont en permanence confrontés aux impératifs des ordres reçus, aux contraintes de la réalité des conflits et aux exigences de leur propre conscience, notamment quand les circonstances deviennent exceptionnellement dramatiques. A l’égard des jeunes générations, qui n’ont pas connu ces guerres, ni vécu de telles circonstances, mais qui vous ont écouté avec ferveur, vous avez toujours évité de donner des leçons de morale, ayant vous-même trop souffert quand vous étiez jeune, des tribuns qui s’indignaient sans agir, de ceux qui envoyaient les jeunes gens au front en restant confortablement assis ou de notables dont la prudence excessive servait d’alibi à l’absence d’engagement. Vous êtes ainsi devenu une référence morale pour de nombreux jeunes, qu’ils fussent officiers ou sous-officiers ou plus simplement cadres ou homme de réflexion.
Puis dans les dernières années de votre vie, vous avez aussi eu plusieurs rendez-vous avec la mort, car votre « carcasse » comme vous nous le disiez souvent, finissait pas vous jouer des tours et le corps médical, avec toute sa compétence, sa patience et son écoute, ne pouvait plus lutter contre les ravages physiques des années de déportation, les maladies contractées dans la jungle indochinoise et les djebels algériens, les conséquences des années de campagnes, d’humiliation ou de stress. Pourtant, vous avez déjoué les pronostics et vous avez tenu bon, alors que vous accompagniez régulièrement bon nombre de vos frères d’armes à leur dernière demeure ! Là encore, le mystère de la vie et de la mort vous collait à la peau.
Et puis, aujourd’hui, Hélie, notre ami, vous êtes là au milieu de nous ; vous, l’homme de tous les conflits du XXème siècle, vous vous êtes endormi dans la paix du Seigneur en ce début du XXIème siècle, dans votre maison des Borias que vous aimiez tant, auprès de Manette et de celles et ceux qui ont partagé l’intimité de votre vie.
Mais, Hélie, êtes-vous réellement mort ? Bien sûr, nous savons que nous ne croiserons plus vos yeux d’un bleu indéfinissable ! Nous savons que nous n’écouterons plus votre voix calme, posée et déterminée ! Nous savons aussi que, lors de nos prochaines étapes à Lyon, seule Manette nous ouvrira la porte et nous accueillera ! Nous savons aussi que vos écrits sont désormais achevés !
Mais, Hélie, à l’instar de tous ceux qui sont ici présents, nous avons envie nous écrier, comme cet écrivain français : « Mort, où est ta victoire ? »
Mort, où est ta victoire, quand on a eu une vie aussi pleine et aussi intense, sans jamais baisser les bras et sans jamais renoncer ?
Mort, où est ta victoire, quand on n’a cessé de frôler la mort, sans jamais chercher à se protéger ?
Mort, où est ta victoire, quand on a toujours été aux avant-gardes de l’histoire, sans jamais manquer à son devoir ?
Mort, où est ta victoire, quand on a su magnifier les valeurs militaires jusqu’à l’extrême limite de leur cohérence, sans jamais défaillir à son honneur ?
Mort, où est ta victoire, quand on s’est toujours battu pour son pays, que celui-ci vous a rejeté et que l’on est toujours resté fidèle à soi-même ?
Mort, où est ta victoire, quand après avoir vécu de telles épreuves, on sait rester humble, mesuré et discret ?
Mort, où est ta victoire, quand son expérience personnelle, militaire et humaine s’affranchit des époques, des circonstances et des passions et sert de guide à ceux qui reprendront le flambeau ?
Mort, où est ta victoire, quand après avoir si souvent évoqué l’absurde et le mystère devant la réalité de la mort, on fait résolument le choix de l’Espérance ?
Hélie, notre frère, toi qui a tant prôné l’Espérance, il me revient maintenant ce vieux chant scout que tu as dû chanter dans ta jeunesse et sans doute plus tard, et que tous ceux qui sont présents pourraient entonner : « Ce n’est qu’un au revoir, mon frère ! Ce n’est qu’un au revoir ! Oui, nous nous reverrons Hélie ! Oui, nous nous reverrons » !
Oui, Hélie, oui, nous nous reverrons à l’ombre de Saint Michel et de Saint Antoine, avec tous tes compagnons d’armes, en commençant par les plus humbles, dans un monde sans injure, ni parjure, dans un monde sans trahison, ni abandon, dans un monde sans tromperie, ni mesquinerie, dans un monde de pardon, d’amour et de vérité !
A Dieu, Hélie….A Dieu, Hélie et surtout merci ! Merci d’avoir su nous guider au milieu des « champs de braise ! »

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Les Veilleurs Nantais
Mon expérience des veilleurs par Emmanuel, un des responsables des veilleurs.

J'ai assisté à la plupart des veillées parisiennes et j'ai fait une bonne moitié de la marche de cet été pendant laquelle j'ai pas mal parlé avec Gaultier, Charles et Axel notamment.
Je pense que la déception de certains peut venir d'une compréhension partielle ou incomplète de ce que je perçois de l'esprit / l'intuition des veilleurs, que j'essaye de résumer ci-dessous (aucune prétention de ma part que ma compréhension soit LA bonne !!).

L'idée est que c'est un combat à long terme, pas de l'ordre de l'écume, mais des courants profonds pour reprendre la phraséologie "Axelienne" (Axel étant un des initiateurs du mouvement).
De même que l'infiltration des idées "gender friendly" ou "LGBT friendly" a pris au moins une génération, il en sera de même si on veut "remettre les choses en place".
Imaginer une prise de conscience, un changement rapide de la perception de ce qu'est la dignité humaine, est ILLUSOIRE.
Pour ceux qui ont fait la marche c'était clair que la plupart des gens rencontrés n'aspiraient qu'à être en vacances. C'est donc une tâche de longue haleine.
Notre chant est l'Espérance, le mot est bien choisi, ce n'est pas un combat que l'on peut gagner facilement, ni seul...

C'est pour cela que les veilleurs parlent autant de culture. Pour changer la société il faut se réapproprier la culture, par exemple à une veillée les animateurs ont fait remarquer que les deux dernières palmes d'or à Cannes évoquent pour l'une l'euthanasie (avec le titre "AMOUR") et pour l'autre l'histoire d'une couple de lesbiennes... est-ce représentatif de notre culture ?
C'est aussi pour cela que les références à la Pologne sont assez fréquentes ; la Pologne a été occupée presque toute son histoire et les catholiques polonais ont lutté pour leur foi, leur langue et leur pays (en créant des journaux, des radios, etc.). Ça a pris très longtemps, a coûté très cher, mais les fruits ont été magnifiques. Bien sûr le combat est très différent mais ça reste un combat pour un système de valeurs, pour une vision du monde.
Il faut donc trouver une façon pour peser sur la vie associative, culturelle, politique de son pays pour, à long terme, renverser quelque chose qui semble plus fort que nous aujourd'hui (par exemple, l'indifférence de la majorité des gens à l'époque actuelle).

Cela ne peut que décevoir ceux qui rêvent encore d'une victoire politique à court terme.
Mais la vraie question c'est peut être de se demander ce que serait la victoire ? Faire marche arrière, changer la loi pour ne pas faire ce "pas de trop" ? Mais est-ce que ça résoudrait grand chose ?
Est-ce que quelqu'un pense vraiment que tout allait bien avant la loi Taubira et que tout va mal depuis ? Que revenir à la situation "ex ante" serait parfaitement satisfaisant ?
C'est pour cela que les veilleurs ne veulent pas "être emprisonnés" sur le seul sujet de la Loi Taubira. Ils ne se désintéressent pas du sujet, comme peuvent le dire Frigide Barjot ou la LMPT, mais ils veulent plutôt s'attaquer aux causes qu'aux conséquences.
Pour ma part je suis persuadé que la loi Taubira a servi de déclencheur à une prise de conscience (et en cela elle a surpris le gouvernement), mais l'enjeu est peut-être plus fondamentalement que la dignité de l'homme soit mieux défendue, soit davantage au centre des préoccupations. C'est en cela, je crois, qu'il faut comprendre ce que disait Axel samedi sur le fait d'être surpris, la veillée est le lieu de la prise de conscience de la situation difficile (et qui peut sembler désespérée) dans laquelle est placée notre société.

La "solution" proposée par les veilleurs :

Face à cette situation difficile, et à l'impossibilité de concevoir une victoire à court terme, on peut se sentir perdu, désemparé. Les veilleurs ne proposent pas une solution "toute faite". L'idée est plutôt, selon moi, que c'est dans la veillée que se forge pour chacun la conviction, et même la nécessité, de s'engager pour la société. La culture est une façon de s'engager. Les veillées ont souhaité laisser une part croissante à des exemples concrets d'engagement dans le domaine social (Aux captifs la libération, à Bondy), éducatif (les cours Alexandre Dumas, à Montfermeil), syndical, ou politique (intervention à Chatelaillon du député PS Jérôme Lambert qui a voté contre la loi Taubira), etc.
Je pense que la question rituelle de savoir "quel est le pourcentage de nouveaux ?" vise notamment à savoir si le public est là pour "prendre conscience" ou s'il est prêt à entendre déjà "comment s'engager ?"

Pourquoi ce n'est pas un lieu de formation ?

Ma compréhension est que l'engagement qui est choisi par chacun est quelque chose de personnel, c'est un choix libre fait par chacun en fonction de sa vie, de ses disponibilités et de ses goûts. Les animateurs insistent sur le fait que chacun doit se sentir absolument libre par rapport aux propos entendus lors des veillées, c'est capital. Après, si l'engagement de l'un est de créer une école, des cours pour former sur tel ou tel aspect, c'est parfaitement dans l'esprit des veilleurs. Mais je pense que le rôle des animateurs (tels qu'ils le conçoivent) est d'amener les autres à s'engager (leur propre engagement étant d'animer les veillées) et non de former les autres. Je ne sais pas si je suis clair...

En une phrase je crois que les veilleurs sont un mouvement qui vise l'engagement des gens dans la société sur le long terme, pour la changer, lui redonner son visage peut-être.
Enfin c'est ce que je vis en tout cas ! en espérant avoir fait croître l'espérance.

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Michel Menu, Marcher devant (1er janvier 1970)

Marcher devant ! Toujours devant !
Comme le pilote,
Être aussi mécanicien, radio, navigateur.

Rester debout quand les autres s’assoient,
Sourire quand ils serrent les dents,
Donner sa flotte quand ils ont soif,
Et son cœur quand ils n’en ont pas.

Porter la fatigue des faibles,
Éclairer ceux qui sont dans le noir,
Espérer pour six, vouloir pour dix.

Puis le soir, quand tous se taisent,
Parler pour eux au Seigneur.