vendredi 16 août 2013

Textes lus lors de notre 15ème veillée - 16 août 2013

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Henri VII, Comte de Paris et Duc de France, Paroles de Princes (3 mai 2013), « Notre civilisation est détricotée au forceps » (extraits)
Hymne aux veilleurs
Dostoïevski, extrait de Les Frères Karamazov

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« Notre Civilisation est détricotée au forceps » 

Notre civilisation est un corpus de coutumes, de cultures, d'apprentissages pour ce qu'il en est, par exemple, de l'agriculture, des arts selon les canons du beau, du bon et du juste et qui évoluent strates après strates, siècles après siècles. Toutes civilisations s'appuient sur la tradition qui est à son tour poussée par les siècles, telles les vagues de l'océan. Elle se forge au fil de l'expérience, de la connaissance et progresse vers le haut pour ne pas dépérir et se flétrir ainsi qu'une branche qui meurt. L'axe de ses valeurs, tronc immuable, plonge ses racines dans l'apprentissage de chacun et comporte ainsi un lien avec le cosmos, dans la part insondable de l'âme et de l'esprit de chaque être, dont la somme a forgé notre civilisation judéo-chrétienne. Or en ces instants nous subissons plus que nous ne le vivons l'action de scarabées, les lucanes cerfs-volants. Ils grignotent, grignotent le tronc de notre civilisation qui bientôt pourrait s'effondrer en poussière, et nous n'y pouvons rien, puisque ces scarabées sont sourds, aveugles et muets.

La modernité actuelle devient triste, laide et asphyxiante. Peu s'y reconnaissent et attendent encore le "miracle". Le progrès, le mondialisme ont métamorphosé nos existences et ne servent qu'une caste de plus en plus riche tandis que les "ilotes" qui produisent ces richesses deviennent de plus en plus pauvres, exploités à mort, ce qui ne semble susciter aucun intérêt. Au final ils sont engloutis par un chômage devenu incontrôlable... Le progrès pour le progrès, la société de consommation, la civilisation du kleenex jetable engendrent des "bulles" monstrueuses qui nous éclatent à la figure et fissurent les liens sociaux, économiques et même politiques, puisque ces derniers ne peuvent prendre de décision sans en demander la permission à des instances supérieures coupées de toute réalité humaine et tenues en sous-main par des groupes d'intérêt, des lobbies financiers et industriels confondus. Alors le monde politique perd toute humanité et bien trop souvent, pour ce qui nous concerne, le sens du service de la France et des Français.

Les gens de la rue, les peuples de France ressentent et commencent à comprendre ce qui se passe, ils réagissent en s'abstenant de voter, ce qui n'est pas la meilleure façon de répondre à la privation des libertés, ou bien manifestent pacifiquement dans la rue leur rejet et se font traiter de fachos... Tandis que les élites politiques, médiatiques, économiques et financières continuent de se chamailler sur des sujets qui n'intéressent que leur propre vanité de paraître. Peut être nous faudra-t-il plonger au fond des "écuries d'Augias" pour pouvoir les nettoyer comme le fit Hercule, le demi-dieu révéré par les anciens Grecs. En attendant ce moment, la France souffre. Deviendrons-nous orphelins de ce pays que nous aimons tant et qui risque d'être dilué par la tourmente ? Souvenez-vous du poète Joachim du Bellay, momentanément à Rome sous la "Renaissance", qui écrivait sa nostalgie par ce poème qui finissait ainsi : "plus me plaît mon petit Liré que le mont Palatin". Plus proche de nous Charles Trenet chantait : "Douce France, cher pays de mon enfance", et Charles Péguy, grand écrivain, immortalisait la magnifique cathédrale de Chartres qui se mirait au loin dans les blés de la Beauce...

Lorsqu'un enfant va naître il se retourne dans le ventre de sa mère. Bientôt il quittera un monde protégé et clos pour s'affronter au monde. Demain il nous faudra opérer ce terrifiant retournement pour construire ce nouvel avenir qui dépendra de nous tous Françaises et Français, mais aussi de tous les peuples de la Terre. Non pour construire un monde identique et encore plus terrifiant (...) dans lequel l'humanité aura abdiqué de toutes ses libertés, un monde gouverné par le Grand Ordinateur, régi par le Ministère de l'Amour Programmé, ou le Ministère de la Bonne Conduite qui surveillera vos faits et gestes d'esclaves jusque dans votre salle de bains. (...) Pour inventer l'avenir il ne suffit pas d'abolir les ordres établis, il faudra rétablir une nouvelle société à partir des racines anciennes qui, elles, demeurent pérennes et, sans pour autant, faire retour en arrière, telle me parait devoir être la nouvelle équation.

Nous somme dans ce moment "M" où nous avons encore les pieds dans un marécage boueux, mais peut-être déjà la tête et l'esprit clairs. (...) N'oublions pas que la politique comme l'économie sont faites pour l'Homme et non l'inverse. Une cathédrale ne se construit pas à partir de sa clef de voûte, mais bien sûr par sa base et plus précisément en orientant la pierre angulaire. Ce monument doit être édifié selon la divine proportion ainsi que nous l'indique Léonard de Vinci. Les Pyramides et le Parthénon sont toujours là pour nous le rappeler. L'Histoire nous rappelle que la France a su s'extraire de situations terribles : guerres de religions, guerres meurtrières, génocides fratricides sanglants. Je me sens fier de la France, je suis au côté de mes compatriotes qui, au sortir de l'épreuve, ont su faire preuve d'intelligence, d'un immense courage et de solidarité pour se redresser afin de vivre libres et laisser vivre.

Le 3 mai 2013

Henri VII, Comte de Paris et Duc de France.

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Hymne aux veilleurs

Il y eut un souffle puis un feu vacillant,
Il y eut un cri noir puis une nuit sans étoiles,
Il y eut un pouvoir puis des cœurs que l’on voile,
Et l’injustice revint vieille de mille ans.

Dans cette tempête l’homme impuissant se tait,
Se laissant bercer, las, dans les flots mensongers.
Et la flamme fragile au milieu des dangers,
Disparaît sans un bruit dans les âmes fouettées.

Combien de temps encor serons nous ignorés ?
Combien faut-il de braises pour être brasier ?
Que fait la justice pour les corps suppliciés ?
Et toi, où t’endors tu Vérité adorée ?

C’est alors qu’il survient, debout, raide et sublime,
Le regard vers les cieux, cherchant l’ultime braise,
Ce Prométhée nouveau du haut de sa falaise
Devient humble veilleur, éclairant les abîmes.

Et c’est ainsi France que tes villes renaissent
Derrière le guide qui jamais ne s’enfuit,
Et c’est ainsi Monde que ta haine s’enfouit
Grâce au veilleur d’amour qui jamais ne délaisse.

Un fleuve lumineux s’est remis à couler,
Et sur ses rives d’or les hommes se relèvent,
Veilleurs, Veilleuses un grand vent vient et se lève
Il porte avec lui le parfum des révoltés.

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Dostoïevski, Les Frères Karamazov (extrait)

Le monde a proclamé la liberté, ces dernières années surtout ; mais que représente cette liberté ? Rien que l’esclavage et le suicide !
Car le monde dit : « Tu as des besoins, assouvis-les, tu possèdes les même droits que les grands, et les riches. Ne crains donc pas de les assouvir, accrois-les même. »
Voilà ce qu’on enseigne maintenant.
Telle est la conception de la liberté.
Et que résulte-t-il de ce droit à accroître les besoins ?
Chez les riches, la solitude et le suicide spirituel ; chez les pauvres, l’envie et le meurtre, car on a conféré des droits, mais on n’a pas encore indiqué les moyens d’assouvir les besoins.
On assure que le monde, en abrégeant les distances, en transmettant la pensée dans les airs, s’unira toujours davantage, que la fraternité régnera.
Hélas ! ne croyez pas à cette union des hommes.
Concevant la liberté comme l’accroissement des besoins et leur prompte satisfaction, ils altèrent leur nature, car ils font naître en eux une foule de désirs insensés, d’habitudes et d’imaginations absurdes.
Ils ne vivent que pour s’envier mutuellement, pour la sensualité et l’ostentation. […]
Rien d’étonnant à ce que les hommes aient rencontré la servitude au lieu de la liberté, et qu’au lieu de servir la fraternité et l’union ils soient tombés dans la désunion et la solitude.
Aussi l’idée de dévouement à l’humanité, de la fraternité, de la solidarité disparaît-elle graduellement dans le monde ; en réalité, on l’accueille même avec dérision, car comment se défaire de ses habitudes, où ira ce prisonnier des besoins innombrables que lui-même a inventés ?
Dans la solitude, il se soucie fort peu de la collectivité.
En fin de compte, les biens matériels se sont accrus et la joie a diminué.

vendredi 9 août 2013

Textes lus lors de notre 14ème veillée - 9 août 2013

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Henri VII, Comte de Paris et Duc de France, Paroles de Princes (23 avril 2013), « Sommes-nous encore en démocratie et pour combien de temps ? » (extraits)
Andrée Chedid, « L'Espérance »
Antonio Gramsci, « Je hais les indifférents »
Victor Hugo, La Légende des siècles, « Après la bataille »

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« Sommes-nous encore en démocratie et pour combien de temps ? »

La violence brutale infligée à une majorité de Français serait-elle une provocation ? Sinon, avons-nous les moyens d'y répondre ? Lesquels ? Lorsqu'on ose faire voter à main levée, comme sous la Terreur, lors de la révolution de 1792, des lois d'exception pour arracher au bulldozer les racines de notre civilisation judéo-chrétienne, il y a violence faite à la démocratie mais aussi à l'âme et au cœur des Français, à leur culture millénaire. La haine et l'incompréhension creusent alors leurs sillons au sein du peuple de France. Une gouvernance annoncée comme normale pourrait apparaître, au bout d'un an, comme l'antique Moloch, idole carthaginoise : on faisait périr dans les flammes de cette idole, constamment entretenues, les opposants, permettant alors aux fragiles gouvernances de l'époque de croire pouvoir ainsi éteindre par le feu toute angoisse de leur propre avenir. Après, il n'y aurait plus que cendres et fumée ; lorsqu'on refuse d'écouter les justes revendications, comme les besoins d'un peuple, et que dans le même temps on laisse croître de façon incontrôlable la dette, le chômage et donc la misère, il y a violence faite à la personne.

Nous ne sommes pas homophobes pour la plupart d'entre nous. Mais certains médias, serviteurs zélés du pouvoir, font volontiers l'amalgame, opposant leurs certitudes artificielles dans un politiquement correct, avec nos sources vitales et notre croyance en la "royauté de l'homme". Ils trichent avec eux-mêmes et avec le vrai de la réalité de ce qui est. Chacun a le droit de mener sa vie comme il l'entend et comme cela s'est fait depuis des temps immémoriaux jusqu'à nos jours, sans tambour ni trompette. Oui, nous respectons le choix de vie de nos amis. C'est leur droit et il faut le protéger. Mais nous ne souhaitons pas que nos principes soient déviés, qu'ils soient totalement et officiellement inversés, condamnés sans référendum.

La liberté de chacun est un bien trop précieux pour l'abandonner à quelques dictatures que ce soient. Car une liberté axée uniquement sur un plaisir personnel, qui n'aurait pas à cœur d'en comprendre les tenants et les aboutissants et ce qui pourrait en résulter, aura tendance à s'exercer au détriment de la liberté des autres. Le grand poète Paul Valéry écrivait : "la liberté de chacun s'achève où commence celle de l'autre." En écrivant cela, nous pensons bien évidemment aux enfants qui pourraient se trouver doublement orphelins et privés du sens de leur vie à venir et à construire. Ne nous laissons pas instrumentaliser par ceux qui ne pensent qu'à eux-mêmes et au plaisir qu'ils en auraient. Un bébé à faire naître artificiellement pourrait-il être comparable à un animal de compagnie que l'on achèterait ? (...)

Lorsqu'en outre l'éducation nationale est confiée, au plus haut niveau, à des fossoyeurs (peut être de bonne volonté) qui déjà envisagent toutes sortes d'expériences sur les embryons, devenus cobayes dans le ventre de leur mère, il y a violence faite à l'être humain au prétexte de la science et de son expérimentation. (...) Aujourd'hui nous sommes profondément tristes, nous sommes également soumis à l'obligation de nous confronter à certains régimes totalitaires qui vont à l'encontre des droits de l'homme, des droits de la personne humaine dont on oublie trop souvent la part de sacré, d'âme.

En parallèle de ces sombres tableaux, il existe pourtant dans toute la France des jeunes et des moins jeunes, des Français et des Françaises de toutes origines, de toutes conditions, de toutes confessions, parfois d'aucune confession, de toutes couleurs, qui parcourent les rue de nos villes pour crier leur incompréhension de ce "viol" face aux diktats qui tentent de pousser la France vers l'abîme. La seule réponse adaptée, mais d'une force incompressible, qu'ils aient trouvée est et doit rester la non-violence (...). J'admire cette magnifique jeunesse, dans ce mai 68 remis à l'endroit en mai 2013, ces veilleurs non-violents qui donnent l'exemple de leur force tranquille, de leur abnégation déterminée, de leur respect d'autrui, celui de la dignité de chaque être et le rejet de l'exaspération et de la colère.

Marcher sur le fil tranchant de la non-violence n'est en effet pas facile dans ce monde plein de violence. Seuls la force intérieure et l'amour de l'autre peuvent désarmer l'implacabilité retorse et glaciale qui vous est opposée. Si on se laisse emporter par la colère, on prend le risque non assumé de répondre œil pour œil. Alors, nous dit le Mahatma Gandhi, "le monde deviendrait aveugle". Je vous laisse méditer en conclusion sur cette réflexion de Mère Térésa : "le fruit du silence est la prière... le fruit de la prière est la foi... le fruit de la foi est l'amour... le fruit de l'amour est le service... le fruit du service est la paix".

Le 23 avril 2013

Henri VII, Comte de Paris et Duc de France.

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Andrée Chedid, « L'Espérance »

J'ai ancré l'espérance
Aux racines de la vie
Face aux ténèbres
J'ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
À la lisière des nuits

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

J'enracine l'espérance
Dans le terreau du cœur
J'adopte toute l'espérance
En son esprit frondeur.

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Antonio Gramsci, « Je hais les indifférents »

« Je hais les indifférents. Pour moi, vivre veut dire prendre parti. Qui vit vraiment ne peut ne pas être citoyen et parti prenant. L'indifférence est apathie, elle est parasitisme, elle est lâcheté, elle n'est pas vie.

C'est pourquoi je hais les indifférents. L'indifférence est le poids mort de l'histoire. C'est la boule de plomb pour le novateur, c'est la matière inerte dans laquelle souvent se noient les enthousiasmes les plus radieux, c'est le marécage qui ceint la vieille cité et la défend mieux que les murailles les plus fermes, mieux que ses guerriers, car elle enlise ses assaillants dans ses gouffres boueux, limoneux, et elle les décime et les démoralise et quelques fois elle les oblige à renoncer à leur entreprise héroïque.

L'indifférence opère énergiquement dans l'histoire. Elle opère passivement, mais elle opère. C'est la fatalité ; c'est sur quoi l'on ne peut compter ; c'est ce que bouleverse les programmes, renverse les plans les mieux construits ; c'est la matière brute qui se rebelle à l'intelligence et l'étrangle. Ce qui se passe, le mal qui s'abat sur tous, le bien possible qu'un acte héroïque (de valeur universelle) peut provoquer, tout ça revient moins à l'initiative de quelques personnes qui agissent qu'à l'indifférence, à l'absentéisme de la majorité.

Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu'il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu'ensuite seule l'épée pourra couper, laisse promulguer les lois qu'ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu'ensuite seul un mutinement pourra renverser.

La fatalité qui semble dominer l'histoire n'est que l'apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent à l'ombre, juste quelques mains, à l'abri de tout contrôle, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, car elle ne s'en soucie point. Les destins d'une époque sont manipulés selon des vues étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse ignore, car elle ne s'en soucie point.

Mais les faits qui ont mûri aboutissent à leur fin ; mais la toile tissée à l'ombre s'accomplit : et alors il semble que c'est la fatalité qui emporte tout et tous, il semble que l'histoire n'est pas un énorme phénomène naturel, une irruption, un séisme, dont tous restent victimes, qui a voulu et qui n'a pas voulu, qui savait et qui ne savait pas, qui a été actif et qui indifférent.

Ce dernier s'irrite, il voudrait échapper aux conséquences, il voudrait qu'il soit clair que lui n'y était pour rien, qu'il n'était point responsable.

Certains pleurnichent piteusement, d'autres blasphèment avec obscénité, mais personne ou peu de personnes se demandent : si j'avais moi aussi fait mon devoir, si j'avais cherché à faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il advenu ce qui est advenu ? Mais personne ou peu de personnes se sentent responsables de leur indifférence, de leur scepticisme, du fait de ne pas avoir offert leurs bras et leur activité à ces petits groupes de citoyens qui luttaient justement pour éviter tel mal et procurer tel bien.

La plupart de ceux-ci par contre, à événements accomplis, préfèrent parler de faillite des idéaux, de programmes définitivement écroulés et d'autres agréableries pareilles. Ainsi recommencent-ils leur absence de toute responsabilité. Et ce n'est pas vrai qu'ils ne voient pas clair dans les choses, et que parfois ils ne soient pas capables d'avancer de très belles solutions pour des problèmes plus urgents, ou pour ceux qui, bien qu'ils demandent une ample préparation et du temps, sont toutefois pareillement urgents.

Mais ces solutions restent très bellement infécondes, et cette contribution à la vie collective n'est animée d'aucune lumière morale ; elle est le produit de la curiosité intellectuelle, pas d'un piquant sens d'une responsabilité historique qui veut que tous soient actifs dans la vie, qui n'admet pas agnosticismes et indifférences d'aucun genre. Je n'aime pas les indifférents aussi à cause de l'embêtement que me provoquent leurs pleurnichements d'éternels innocents. Je demande des comptes à chacun d'eux : comment il s'est acquitté des tâches que la vie lui propose quotidiennement ? qu'est-ce qu'il a fait et plus particulièrement qu'est-ce qu'il n'a pas fait ? Je sens de pouvoir être inexorable, de ne pas devoir gaspiller ma pitié, de ne pas devoir partager avec eux mes larmes.

Je suis parti prenant, je vis, je sens déjà pulser dans les consciences viriles de ma part l'activité de la cité future que ma part est déjà en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur peu de personnes, en elle chaque chose qui arrive n'est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l'œuvre intelligente des citoyens. Il n'y a en elle personne qui reste à la fenêtre à regarder pendant que le petit nombre se sacrifie, s'évanouit dans le sacrifice ; et celui-là qui est à la fenêtre, aux aguets, veuille profiter du peu de bien que l'activité de peu de personnes procure et dilue sa déception en vitupérant le sacrifie, le saigne, car il n'a pas réussi dans son dessein.

Je vis, je suis parti prenant. Donc je hais qui ne prend pas parti, je hais les indifférents. »

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APRÈS LA BATAILLE

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait : « À boire ! à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de Maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant : « Caramba ! »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

La Légendes des siècles

VICTOR HUGO

vendredi 2 août 2013

Textes lus lors de notre 13ème veillée - 2 août 2013

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Testament de Louis XVI (extraits)
Paul Verlaine, Sagesse, I, 16 « Écoutez la chanson bien douce »
Anselm Grün, Choisis la vie ! Le courage de se décider (2012)
Blaise Pascal, Pensées, « Il est juste que ce qui est juste soit suivi »

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Testament (texte intégral)

Au nom de la très sainte Trinité, du Père, du Fils et du saint Esprit. Aujourd’hui, vingt-cinquième de décembre mil sept cent quatre vingt douze, moi Louis, XVIème du nom, roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la tour du Temple à Paris par ceux qui étaient mes sujets et privé de toute communication quelconque, même, depuis le onze du courant, avec ma famille, de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et Auquel je puisse m’adresser, je déclare ici, en sa présence, mes dernières volontés et mes sentiments.

Je laisse mon âme à Dieu mon créateur et je Le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de notre Seigneur Jésus Christ qui S’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l’union de notre sainte mère l’Église catholique, apostolique et romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de saint Pierre auquel J.C. les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Église, les sacrements et les mystères tels que l’Église catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchirent l’Église de J.C., mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques unis à la sainte Église catholique donnent et donneront conformément à la discipline de l’Église suivie depuis J.C. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J.C., suivant ce que la charité chrétienne nous l’enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j’ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m’humilier en Sa présence, ne pouvant me servir du ministère d’un prêtre catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je Lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s’Il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du ministère d’un prêtre catholique pour m’accuser de tous mes péchés et recevoir le sacrement de pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnêtes hommes, de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci, s’ils sont condamnés à les éprouver, que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants et de leur tenir lieu de mère, s’ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des peuples qu’en régnant suivant les lois, mais en même temps qu’un roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.

Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne (souvent, dans les moments de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté, si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentiments de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils messieurs de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry, des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie messieurs de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse et les autres petits effets qui ont été déposés au conseil de la Commune.

Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
 Écoutez la chanson bien douce
Je prie messieurs de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la tour du Temple le 25 décembre 1792.

Louis

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 Écoutez la chanson bien douce

Écoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire,
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère ?)
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée,
Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile,
Qui palpite aux brises d'automne.
Cache et montre au cœur qui s'étonne
La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue,
Que la bonté c'est notre vie,
Que de la haine et de l'envie
Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire
D'être simple sans plus attendre,
Et de noces d'or et du tendre
Bonheur d'une paix sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame.
Allez, rien n'est meilleur à l'âme
Que de faire une âme moins triste !

Elle est en peine et de passage,
L'âme qui souffre sans colère,
Et comme sa morale est claire !...
Écoutez la chanson bien sage.

Paul VERLAINE

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Anselm Grün, Choisis la vie ! Le courage de se décider (2012)

Tout ce que nous faisons à des répercussions sur le monde. Chacune des pensées que nous exprimons produit un effet. Albert Einstein a dit un jour :
" Une fois qu'on a formulé une pensée, on ne peut plus la rattraper. " Elle se déploie dans les esprits et, par voie de conséquence, dans la société toute entière. Même nos décisions quotidiennes agissent sur notre entourage. Si nous choisissons la joie ou le déplaisir, nous ne sommes pas seuls concernés. Notre choix se communique aux autres et, à travers eux, au monde entier. Voilà pourquoi, par nos décisions quotidiennes - qu'il s'agisse d'actions, de pensées ou de sentiments - nous engageons notre responsabilité à l'égard de nous-mêmes et du monde.
Cela signifie aussi que, par nos décisions, nous produisons un effet sur notre monde. Nos pensées, nos sentiments, nos œuvres, notre rayonnement, tout cela agit. Dès lors, il n'est pas indifférent que nous soyons guidés par des pensées agressives et destructrices ou que nous tâchions d'être en accord avec nous-mêmes. Par ce que nous faisons, par ce que nous sommes, nous creusons un sillon en ce monde. Nos actes et nos pensées nous mettent toujours en rapport avec d'autres. Il est de notre devoir de rendre ce monde plus humain et plus aimant. C'est déjà ce que disait Sophocle dans sa tragédie Antigone, où il rappelait les hommes à leur responsabilité : " Je ne suis pas là pour haïr, mais pour aimer ". Telle est l'alternative. Si nous choisissons l'amour, nous ferons du bien aux autres. Si nous optons pour la haine, nous engendrerons les désastres.

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Il est juste que ce qui est juste soit suivi (Blaise Pascal, Pensées)

Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire que ce qui est fort soit suivi. La justice sans force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force et pour cela faire en sorte que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste… Ne pouvant faire qu’il soit force d’obéir à la justice, on a fait qu’il soit juste d’obéir à la force ; ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble, et que la paix fût, qui est le souverain bien.